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Finance familiale : valeur numérique, physique… comment partager un patrimoine ?

La fortune familiale change de nature. Aux côtés des comptes bancaires, titres, liquidités, bijoux ou métaux précieux apparaissent désormais des cryptomonnaies, des actifs tokenisés et d’autres formes de patrimoine numérique. En Suisse, cette évolution devient particulièrement concrète : les actifs financiers des ménages ont atteint CHF 3'278 milliards en 2025, tandis que les actifs tokenisés connaissent une forte progression sur les marchés internationaux. Pour une famille composée de plusieurs héritiers, la question n’est donc plus seulement de savoir combien vaut le patrimoine, mais où se trouve cette valeur et sous quelle forme elle peut être transmise.

Le sujet devient encore plus sensible lorsque plusieurs frères et sœurs doivent se partager un même patrimoine. Un portefeuille de titres peut être évalué à une date précise, un bien physique peut être inventorié et expertisé, mais un actif numérique peut nécessiter des accès, des clés, un dépositaire ou une organisation spécifique pour être identifié et transmis. La FINMA rappelle d’ailleurs que la conservation des cryptoactifs comporte des risques particuliers et nécessite une infrastructure ainsi qu’un contrôle adaptés. Dans le même temps, le cadre suisse évolue pour intégrer davantage les actifs numériques dans les mécanismes de transparence financière.

Cette transformation concerne également les familles qui souhaitent préserver leur patrimoine sur plusieurs générations. L’étude publiée par l’Université de Lausanne estime que le patrimoine transmissible en Suisse atteignait environ CHF 3'600 milliards en 2025, tandis que les montants hérités chaque année avoisinent CHF 100 milliards. À mesure que cette transmission prend de l’ampleur, la distinction entre valeur physique et valeur numérique pourrait devenir un enjeu majeur : qui possède quoi, comment la valeur est-elle évaluée, qui peut y accéder et comment éviter qu’un actif numérique ne soit oublié lors du partage ?

Le paradoxe est que la finance devient plus numérique alors que la transmission familiale reste profondément humaine. Deux frères et une sœur peuvent recevoir des actifs dont la valeur économique est comparable, mais dont la conservation, la liquidité et les modalités d’accès sont totalement différentes. La tokenisation pourrait encore accélérer cette évolution : selon le FMI, elle est désormais susceptible de modifier en profondeur l’organisation des marchés financiers, notamment le règlement, la conservation et la gestion des risques. Pour les patrimoines importants, la question de la conservation sécurisée et de la traçabilité devient donc aussi importante que la valeur affichée.

Pourquoi c’est important : La transmission d’un patrimoine familial ne dépend plus uniquement des biens visibles : la valeur numérique impose désormais d’anticiper la conservation, l’accès, l’identification et le partage des actifs entre héritiers.