
La sécurité a un prix fixe. Celui de l’insécurité est sur mesure. Et pour les entreprises suisses, la facture peut rapidement dépasser le simple coût d’un système d’alarme, d’un contrôle d’accès ou d’une protection informatique. En 2025, la Suisse a enregistré 554’963 infractions au Code pénal, dont 154’041 effractions. Dans le même temps, 57’761 infractions présentant un mode opératoire numérique ont été recensées. Les chiffres montrent une réalité économique simple : même lorsque la criminalité recule globalement, le risque reste suffisamment présent pour transformer la sécurité en véritable enjeu de gestion.
Le risque devient encore plus concret lorsqu’il touche directement l’activité d’une entreprise. Selon l’Office fédéral de la cybersécurité, 29’006 cyberincidents ont été signalés volontairement au second semestre 2025. Les attaques par rançongiciel visant les entreprises ont progressé de 59 % sur un an, tandis qu’une affaire de fraude au changement de coordonnées bancaires a entraîné à elle seule une perte de 1,5 million de francs. Autrement dit, une protection insuffisante ne représente pas seulement une dépense future : elle peut provoquer une perte immédiate de trésorerie, interrompre l’activité et fragiliser la confiance des clients et des partenaires.
À Genève, le paradoxe est particulièrement révélateur. La cybercriminalité a diminué de 27 % en 2025, mais le préjudice global a augmenté de 30 %, pour atteindre 29 millions de francs. Le préjudice médian est lui aussi passé de 400 à 900 francs. Cette évolution illustre parfaitement le principe selon lequel le nombre d’incidents ne suffit pas à mesurer le risque économique : les attaques deviennent moins nombreuses dans certains domaines, mais potentiellement plus ciblées et plus coûteuses.
Pour un dirigeant, la question n’est donc plus simplement de savoir combien coûte une solution de sécurité, mais combien coûterait son absence au mauvais moment. Une serrure renforcée, une vidéosurveillance, un contrôle d’accès, une alarme, une sauvegarde sécurisée ou une authentification renforcée constituent des dépenses prévisibles. À l’inverse, une intrusion, une fraude ou une cyberattaque peut entraîner des coûts difficiles à chiffrer à l’avance : interruption de production, perte de données, détournement de fonds, atteinte à l’image ou perte de confiance.
Cette logique explique pourquoi la sécurité tend désormais à être considérée comme un investissement plutôt qu’une simple charge. L’Office fédéral de la cybersécurité souligne d’ailleurs que les attaques deviennent plus ciblées, plus complexes et davantage personnalisées, notamment grâce à l’intelligence artificielle. Pour les entreprises, la bonne stratégie consiste donc moins à rechercher la protection la moins chère qu’à identifier les risques réellement susceptibles de coûter le plus cher et à construire une réponse proportionnée.
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